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JOSUE ARUNA : « LE BASSIN DU CONGO EST EN DANGER ET L’AFRIQUE DOIT PARLER D’UNE SEULE VOIX »

Par Hervé Levert

À l’occasion de l’école régionale de justice environnementale organisée à Lomé par le CJE-Togo sur les enjeux de la géo-ingénierie et de la justice climatique, Josue Aruna, directeur de la Congo Basin Conservation Society et ambassadeur du bassin du Congo, livre à Eplus Média son analyse des menaces qui pèsent sur le deuxième plus grand massif forestier de la planète. Il dénonce les effets de l’extractivisme, plaide pour une gouvernance plus juste des ressources naturelles et appelle les pays africains à faire front commun contre les technologies de géo-ingénierie qu’il considère comme de fausses solutions à la crise climatique.

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Quel était l’objectif principal de votre présentation ?

Ma présentation portait sur la situation du bassin du Congo, qui constitue la deuxième plus grande réserve forestière du monde. Environ 62 % de cette forêt se trouve en République démocratique du Congo. Ce massif forestier, traversé par le fleuve Congo, représente le deuxième poumon de la planète. J’ai surtout voulu attirer l’attention sur les menaces existentielles qui pèsent sur ces écosystèmes.

Quelles sont ces principales menaces ?

Elles sont principalement liées à l’extractivisme. Il s’agit notamment de l’accaparement des terres par les sociétés minières, de l’exploitation industrielle à grande échelle sans réhabilitation environnementale, de l’absence de partage équitable des bénéfices avec les communautés locales et les peuples autochtones, ainsi que de l’exploitation intensive des essences forestières rares destinées aux marchés internationaux. Toutes ces activités mettent gravement en péril la biodiversité du bassin du Congo, notamment les grands singes et plusieurs espèces endémiques inscrites sur la liste rouge de l’UICN.

Quel rôle joue la société civile face à cette situation ?

Notre mission consiste à construire des mouvements sociaux de résistance au sein des communautés afin de lutter contre toute forme d’extractivisme qui ne respecte pas les droits des populations locales et des peuples autochtones. Ces communautés protègent ces forêts depuis des générations. Si nous ne les protégeons pas aujourd’hui, nous compromettons l’avenir de toute l’humanité, car le bassin du Congo joue un rôle essentiel dans la séquestration du carbone. C’est pourquoi nous appelons à une véritable solidarité africaine afin de défendre ensemble ces paysages forestiers.

Vous affirmez que la RDC reste pauvre malgré ses immenses ressources naturelles. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

La République démocratique du Congo est souvent qualifiée de pays potentiellement riche, mais sa population demeure extrêmement pauvre. Les entreprises qui exploitent les minerais ou les ressources forestières ne partagent pas suffisamment les bénéfices avec les communautés locales. Ce paradoxe doit interpeller l’ensemble des pays africains. Les richesses du sous-sol et des forêts devraient contribuer à améliorer les conditions de vie des populations.

Quelles solutions préconisez-vous pour inverser cette tendance ?

Les solutions sont multiples. Notamment les solutions politiques au niveau de la gouvernance des ressources naturelles. Cette gouvernance nécessite une gouvernance transparente qui reconnaisse le droit de ces communautés locales et des peuples autochtones qui ont sauvegardé ces ressources depuis des années. En deuxième niveau, on a besoin d’une gouvernance mondiale. Le monde doit savoir qu’il bénéficie de l’existence de ces forêts et de cette biodiversité qui s’y trouve mais il doit mettre en place des mécanismes de compensation. Il bénéficie de l’air, il bénéficie de l’oxygène qui vient des grands massifs forestiers du bassin du Congo en Afrique centrale.

On a besoin que l’intérêt mondial se tourne pour financer et soutenir les actions qui soutiennent la vie sociale de ces communautés et la restauration de ces paysages qui sont en train d’être dégradés. Au lieu de financer les actions climatiques localisées, on est en train de financer les mauvaises technologies notamment les technologies de géo-ingénierie terrestre, de géo-ingénierie solaire et géo-ingénierie marine. Voilà la raison pour laquelle l’Afrique doit se mettre debout pour soutenir ensemble ces combats afin que les financements de fausses technologies que nous déclarons les fausses technologies, les fausses solutions climatiques puissent être désactivés et qu’on active ces financements pour soutenir les actions qui limitent la dégradation forestière et qui soutiennent la conservation de la biodiversité et le moyen de subsistance de ces communautés-là qui sont en train de vivre dans les zones forestières et en train de les protéger.

Justement, quelle est votre position sur la géo-ingénierie ?

En tant que co-coordinateur du Groupe de travail africain sur la justice climatique, je considère que la géo-ingénierie est une mauvaise solution pour l’Afrique. Ces technologies représentent, selon nous, un danger pour nos écosystèmes, nos cultures et notre avenir commun. Nous disons clairement non à leur déploiement sur le continent africain. Qu’ils testent leur géo-ingénierie ailleurs, mais pas en Afrique. Ils n’ont pas de place en Afrique et nous allons continuer à résister contre tout extractivisme lié à ces mauvaises technologies qui sont financées avec des milliardaires pour dire que ce sont de bonnes solutions. Ce ne sont pas des solutions miracles, c’est un danger pour l’Afrique et nous alertons tous les pays africains que c’est maintenant ou jamais, que nous devons nous unir, nous mettre debout, soutenir nos ministres de l’Environnement qui en 2023 ont signé le Non-Use Agreement, l’accord de non-utilisation qu’ils ont signé à Nairobi et nous avons besoin que cet accord de non-utilisation continue à être soutenu lors des négociations prochaines sur les changements climatiques, de la COP qui sera en Turquie, de la COP qui sera en Arménie et de la future COP qui sera en Éthiopie l’année prochaine. Nous voulons que tous les pays africains puissent s’unir d’une seule voix et de vendre l’accord de non-utilisation des technologies de jeux d’ingénierie en Afrique.

Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs africains ?

J’appelle tous les pays africains à rester unis pour défendre l’accord de non-utilisation des technologies de géo-ingénierie adopté par les ministres africains de l’Environnement à Nairobi en 2023. Nous souhaitons que cette position soit réaffirmée lors des prochaines conférences internationales sur le climat, notamment les futures COP. L’Afrique doit parler d’une seule voix pour protéger ses forêts, sa biodiversité et les droits de ses populations.

Fin.

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