EXPLOITATION FORESTIERE ILLEGALE : LES FORESTIERS NE DORMENT PAS LES NUITS

Par Hervé Levert

Dans la lutte contre l’exploitation forestière illégale, les agents du Ministère de l’Environnement, des Ressources forestières, de la Protection côtière et du Changement climatique maintiennent une vigilance permanente. Sur l’ensemble du territoire national, les opérations de contrôle se déroulent de jour comme de nuit afin de contrer les pratiques frauduleuses qui se multiplient en dehors des heures réglementaires.

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Selon le Colonel Bleza Mangola, Directeur régional du ministère dans la Maritime, les forestiers travaillent 24 heures sur 24. « Si une information nous parvient qu’une exploitation se fait à 22h ou à 23h, nos actions de contrôle ne sont pas procrastinées. On ne peut pas attendre le lendemain », affirme-t-il.

Des exploitants nocturnes veulent contourner la loi !

La réglementation en vigueur est pourtant claire : même lorsqu’un exploitant est titulaire d’un titre légal, les activités de coupe doivent s’effectuer en pleine journée, généralement entre 6h et 17h. Au-delà de ces horaires, toute activité devient irrégulière.

Col/Dr BLEZA Mangola – DRM/MERFPCCC

Cependant, pour échapper aux dispositifs de surveillance, certains opérateurs déplacent leurs activités en pleine nuit. « Les tronçonneuses se font entendre à 22h, à 2h ou à 4h du matin. C’est toujours pour échapper au contrôle. Ils pensent que, parce qu’il fait nuit, le forestier ne viendra pas », explique le Colonel Mangola.

Face à cette stratégie d’évitement, les équipes forestières ont adapté leur dispositif. Des descentes nocturnes sont régulièrement organisées, avec des interventions ciblées sur la base de renseignements recueillis sur le terrain. « Ceux qui ont été appréhendés à 2h du matin ou à minuit savent que nous sommes capables d’intervenir à n’importe quelle heure », insiste le Directeur régional.

L’enjeu est avant tout environnemental. Attendre le lever du jour pourrait aggraver considérablement les pertes. « Nous n’allons pas attendre le lendemain pour que, au lieu d’arrêter les dégâts à deux arbres, nous arrivions sur un site le lendemain où 50 ou 100 arbres ont déjà été abattus », prévient-il.

Les exploitations nocturnes constituent aujourd’hui l’une des principales difficultés rencontrées par les services forestiers. Elles témoignent de la pression persistante exercée sur les ressources forestières et de la nécessité d’un contrôle rigoureux et continu.

Une approche fondée sur la prévention

Selon M. ANTHE Komi, Juriste environnementaliste et Directeur de l’inspection des ressources forestières, la stratégie du ministère ne se limite pas à une réaction face aux infractions constatées.

« Il y a beaucoup de difficultés, c’est vrai. Mais il faut dire qu’en réalité, le ministère ne fait pas seulement un contrôle curatif », souligne-t-il.

Pour ce dernier, deux types de contrôles sont mis en œuvre : le contrôle préventif et le contrôle curatif. « La base même du contrôle, c’est normalement le contrôle préventif, parce que cela met en exergue le principe de gestion participative », a ajouté M. Anthe Komi, Inspecteur des ressources forestières au Togo.

Il rappelle que plusieurs principes structurants ont été posés en 1992 à l’occasion de la Conférence de Rio, marquant un tournant dans la gouvernance environnementale mondiale. Ces principes ont depuis inspiré les législations adoptées par les États en matière de gestion durable des écosystèmes.

Parmi eux figure le principe de gestion participative, que l’inspecteur considère comme central.

M. ANTHE Komi – Inspecteur RF / MERFPCCC

Pour illustrer les enjeux, M. ANTHE Komi évoque l’évolution du paysage togolais. Dans les années 1970 et 1980, la couverture forestière était nettement plus dense. Les populations se souviennent encore des éléphants traversant les axes routiers à proximité de l’aire protégée de Kéran. Aujourd’hui, ces scènes appartiennent au passé. « Vous pouvez regarder à perte de vue : la végétation n’est plus ce qu’elle était », constate-t-il.

Pour le juriste, cette dégradation traduit un déficit d’appropriation des politiques de conservation. La gestion participative suppose que les communautés comprennent le bien-fondé des mesures adoptées par l’État. Sans cette adhésion, la loi est perçue comme une contrainte extérieure plutôt que comme un outil de protection collective.

Cette approche préventive consiste à sensibiliser les exploitants, à renforcer l’information sur la réglementation en vigueur et à associer les communautés locales à la surveillance des ressources forestières. L’objectif est d’anticiper les infractions plutôt que d’intervenir uniquement après les dégâts.

Pour soutenir ces opérations ininterrompues, le ministère, depuis quelques semaines, a lancé un programme de sensibilisation à travers toutes les régions du pays. L’objectif est de préserver le couvert forestier national, à faire respecter la réglementation et à dissuader toute tentative de contournement des dispositifs légaux.

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