« EN MER, NOTRE VIE NE TIENT QU’A UN FILET » : LE QUOTIDIEN DES PECHEURS TOGOLAIS RACONTE SANS RETENU
Par Hervé Levert
Alors que les activités de pêche étaient sur le point de reprendre après le repos biologique, Eplus Médias est allé à la rencontre de deux pêcheurs artisanaux, TCHEMEKPO Edoh et ADOUVI Adadé au port de pêche de Lomé. Entre longues semaines passées en haute mer, risques permanents et espoir de bonnes prises, ils racontent un métier aussi passionnant qu’éprouvant le 31 juillet 2026.

« Quand nous partons en mer, nous pouvons rester plusieurs semaines, parfois près d’un mois », confie TCHEMEKPO Edoh. À bord de leur pirogue, tout est prévu pour survivre. « Nous emportons du gari, une dizaine de mesures, du riz, des condiments, du piment que nous écrasons sur place. Toute notre cuisine se fait dans la pirogue. C’est notre maison pendant tout le séjour. »
La vie en mer est pourtant loin d’être un long fleuve tranquille. Les pêcheurs doivent composer avec la fatigue, les intempéries et les problèmes de santé. « Lorsqu’un pêcheur tombe malade, nous sommes obligés de le ramener au rivage. Si nous sommes trop éloignés, nous faisons appel à une autre pirogue qui rentre déjà vers la côte pour le transporter rapidement », explique ADOUVI Adadé.

Les accidents sont également fréquents. Un faux pas sur une pirogue en mouvement peut provoquer des blessures graves. Certains poissons, dotés d’épines ou de nageoires tranchantes, infligent aussi des blessures douloureuses lors de leur manipulation.
Trouver le poisson relève d’un véritable savoir-faire transmis de génération en génération. « Nous observons les bulles qui apparaissent à la surface de l’eau. Elles nous indiquent la présence d’un banc de poissons. Nous gardons une certaine distance avant de les encercler avec le filet. Mais parfois, le bruit du moteur les effraie et ils disparaissent. Si nous avons réussi à fermer le cercle, nous coupons immédiatement la machine avant de tirer lentement le filet et de renverser les poissons dans la pirogue », racontent-ils.
Selon les deux pêcheurs, il existe cinq principaux types de filets, auxquels s’ajoute la pêche à l’hameçon. Les filets Wotcha et Wotchavi, surnommés « faire vite », permettent des sorties de moins de vingt-quatre heures et capturent des espèces comme le Zandou, le Pampam, le Siyi, le Kafla ou encore l’Izi.
Le filet Pôli, utilisé pour les petits poissons appelés Abobi, mobilise les pêcheurs dès 1 heure du matin pour un retour entre 8 et 9 heures. Les filets Ali, quant à eux, nécessitent environ trois heures en mer et ramènent principalement des Vétimé, Manvi et Kplokou. Enfin, les pêcheurs pratiquant Akpom ciblent des espèces comme le Sika-sika, le Tôbokô, le Nonti, le Fonfoué, le Handjin ou encore le très recherché Capitaine.
Au retour, aucun droit n’est payé pour débarquer les captures. Les poissons sont immédiatement déversés sur le quai avant d’être triés selon leur espèce et leur taille, une étape essentielle avant leur commercialisation.
Pour TCHEMEKPO Edoh et ADOUVI Adadé, chaque sortie en mer est un pari entre espoir et incertitude. Derrière chaque poisson vendu sur les marchés se cachent des nuits sans sommeil, des risques quotidiens et un courage silencieux qui nourrit des milliers de familles le long du littoral togolais.
FIN.

