DR DJIWA OYETOUNDE (FAO-TOGO) : «PERSONNE NE DOIT ETRE LAISSE DE COTE»
Par Hervé Levert
À l’occasion de l’atelier de renforcement des capacités des personnes handicapées sur l’approche d’Adaptation basée sur les Écosystèmes (EbA), organisé le 21 mai 2026 à Lomé dans le cadre du projet R4C-Togo, le chargé du bureau de la FAO Togo, Dr Oyétoundé Djiwa, revient sur l’importance de l’inclusion dans les systèmes agroalimentaires et les ambitions de la FAO pour accompagner les personnes handicapées engagées dans l’agriculture, l’élevage et la protection de l’environnement.

Dites-nous concrètement pourquoi la FAO s’intéresse particulièrement aux personnes en situation de handicap dans le cadre du projet R4C ?
Au niveau mondial, on estime qu’une personne sur six vit avec un handicap. Mais vous savez, la notion de handicap est relative. Nous pouvons tous devenir handicapés selon les circonstances. Si vous êtes dans un pays dont vous ne comprenez pas la langue, vous avez besoin d’assistance pour communiquer.
À la FAO, nous considérons les personnes vivant avec un handicap comme des agriculteurs, des éleveurs, des pêcheurs, des entrepreneurs, des innovateurs capables de contribuer pleinement au système agroalimentaire. Nous parlons d’un système agroalimentaire inclusif, ce qui signifie que personne ne doit être laissé de côté.
L’atelier que nous organisons aujourd’hui s’adresse justement à ces personnes qui travaillent déjà dans l’agriculture, l’élevage, la pêche ou le reboisement. Notre objectif est de répondre à ce principe fondamental des Nations Unies : ne laisser personne de côté.
Pour nous, leur inclusion n’est pas seulement une nécessité sociale, c’est aussi une obligation stratégique. Si nous voulons parvenir à un monde libéré de la faim, tout le monde doit jouer sa partition.
Qu’attendez-vous concrètement d’eux à la fin de cette formation ?
Ces participants exercent déjà des activités sur le terrain. La formation va leur permettre d’acquérir de nouvelles connaissances sur l’adaptation au changement climatique et les systèmes agroalimentaires.
Mais cet atelier nous permet aussi de mieux connaître leurs besoins spécifiques. Pendant les échanges, nos équipes prennent note des difficultés qu’ils rencontrent afin d’adapter nos futures interventions.
Par exemple, nous faisons la promotion de la mécanisation agricole. Mais est-ce que les équipements fabriqués aujourd’hui sont réellement accessibles à tous ? Une personne vivant avec un handicap moteur peut-elle facilement utiliser certains outils agricoles ? Ce sont ces réalités que nous voulons mieux comprendre afin de corriger notre manière d’intervenir et renforcer l’inclusion.
Cela signifie-t-il qu’il y aura d’autres phases d’accompagnement ?
Bien sûr. Nous avons déjà commencé ce travail sur le terrain. Ce matin encore, j’ai demandé des nouvelles de Nicolas, un non-voyant que nous avons identifié l’année dernière et qui pratique l’agriculture. Nous lui avons apporté des intrants agricoles, notamment des engrais, et nous voulions voir les changements que cela a produits dans sa vie.
Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Dans plusieurs de nos programmes de distribution d’intrants et d’accompagnement agricole, nous intégrons systématiquement les personnes en situation de handicap.
Nous sommes très fiers de constater l’impact positif que ces appuis peuvent avoir. Ce sont souvent des personnes qui demandent peu, mais le moindre soutien peut transformer leur quotidien et renforcer leur autonomie.
Disposez-vous déjà d’une base de données des personnes concernées au Togo ?
Oui, il existe déjà des regroupements par type de handicap : visuel, moteur, auditif, entre autres. La Fédération togolaise des associations de personnes handicapées (FETAPH) nous a beaucoup aidés à identifier les personnes actives dans le secteur agricole.
Si demain nous voulons intervenir dans d’autres domaines comme l’artisanat, la poterie ou d’autres activités économiques, ces organisations disposent également des informations nécessaires.
Merci beaucoup Dr Oyétoundé DJIWA, vous êtes le chargé bureau FAO au Togo.
C’est moi qui vous remercie !

