VIOLENCES SEXUELLES : « LE PREMIER FREIN POUR LES VICTIMES EST PSYCHOLOGIQUE » SELON NADEGE AYIKOE AMOUZOU

Par Philomène A.

Pourquoi tant de femmes et de jeunes filles victimes de violences sexuelles gardent-elles le silence ? Pourquoi certaines tardent-elles à dénoncer les faits ou n’osent-elles jamais en parler ? Pour Mme Nadège Ayikoe Amouzou, docteure en architecture d’intérieur, présidente fondatrice de l’ISBA et PDG du cabinet Ayinadeco, la réponse se trouve souvent dans une réalité invisible : le traumatisme psychologique.

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Intervenant lors d’un panel consacré à la protection des femmes et des filles, elle a insisté sur le fait que le principal obstacle rencontré par les victimes n’est pas toujours matériel ou extérieur, mais avant tout intérieur.

« Le premier frein est psychologique. Nous avons, en tant que jeunes filles, tendance à nous remettre en question, à douter, à avoir peur du regard des autres et à nous demander s’il faut en parler ou non », a-t-elle déclaré.

Selon elle, de nombreuses victimes vivent avec la peur, la honte ou le sentiment d’être responsables de ce qu’elles ont subi. Cette souffrance intérieure les empêche souvent de demander de l’aide.

« Même lorsqu’une jeune fille subit une violence, elle peut hésiter à parler. Elle se demande ce que les autres vont penser, si elle sera comprise ou si elle sera jugée », explique-t-elle.

Pour la spécialiste, les difficultés financières et la précarité peuvent également rendre certaines jeunes filles plus vulnérables. Mais, au-delà des contraintes matérielles, le silence naît souvent d’un manque de confiance et d’un profond isolement psychologique.

Le rôle essentiel des parents

Face à cette réalité, Nadège Ayikoe Amouzou estime que les parents ont un rôle décisif à jouer dès le plus jeune âge.

« Le parent est le premier modèle de l’enfant. C’est dans la famille que l’enfant apprend à se protéger, à reconnaître ce qui est acceptable ou non, et à trouver la force de parler », souligne-t-elle.

Selon elle, l’éducation à la sexualité, la sensibilisation aux dangers et l’écoute doivent commencer très tôt. Les parents doivent expliquer aux enfants qu’ils peuvent être exposés à certains risques, aussi bien à l’école qu’au sein même de la famille.

Mais surtout, ils doivent créer un climat de confiance.

« Il faut que l’enfant se sente en sécurité et sache qu’il peut parler sans être jugé. Lorsqu’une victime ne se sent pas en confiance, elle peut vivre une souffrance profonde sans jamais trouver le courage de se confier », avertit-elle.

Pour Mme Amouzou, le silence des victimes peut avoir de lourdes conséquences. Non seulement l’enfant ou la jeune fille continue de porter seul son traumatisme, mais l’auteur des violences peut continuer à agir.

« Quand une victime ne parle pas, elle souffre intérieurement et, dans le même temps, elle laisse malheureusement à son agresseur la possibilité de continuer », explique-t-elle.

Prévenir avant, accompagner après

La conférencière insiste sur le fait que la prévention ne suffit pas toujours. Même avec la meilleure éducation possible, aucune famille n’est totalement à l’abri.

« Le risque zéro n’existe pas. C’est pourquoi il faut penser à l’avant, mais aussi à l’après », dit-elle.

Après une agression, l’accompagnement psychologique devient alors indispensable. Les victimes ont besoin d’être entourées, écoutées et soutenues pour surmonter le traumatisme.

Pour elle, cet accompagnement ne concerne pas uniquement les filles. Les garçons aussi peuvent être victimes de violences sexuelles, même si leur souffrance reste souvent moins visible.

« Les garçons ne sont pas exclus des abus. Il faut aussi leur parler, les écouter et leur apprendre qu’ils ont le droit de demander de l’aide », rappelle-t-elle.

Éduquer aussi les garçons

Au-delà de la protection des victimes, Nadège Ayikoe Amouzou estime qu’il faut également sensibiliser les garçons et les jeunes hommes.

Selon elle, les violences sexuelles ne pourront reculer que si l’on apprend dès le plus jeune âge ce qui est interdit, ce qui porte atteinte à l’autre et ce qui est puni par la loi.

« Il faut expliquer aux jeunes garçons que certaines attitudes sont inacceptables. Ce qui est interdit par la loi est aussi moralement condamnable », affirme-t-elle.

Elle appelle enfin les familles, les écoles, les responsables religieux et la société tout entière à travailler ensemble pour mieux protéger les enfants.

« Nous devons donner à nos enfants la force mentale de se défendre, de parler et de demander de l’aide. C’est ainsi que nous pourrons briser le silence et éviter d’autres drames », conclut-elle.

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