REBOISEMENT ET PLANTATIONS PRIVEES : L’AUTORISATION DE COUPE, UN FREIN POUR LA MOBILISATION ?

Par la Rédaction / #45JrsCapSurJuin2026 / Episode 17

Au Togo, la gestion des plantations privées continue de susciter des interrogations. Au cœur des débats : l’obligation pour les planteurs d’obtenir une autorisation avant de couper des arbres qu’ils ont eux-mêmes plantés. Une exigence souvent jugée contraignante, mais que les autorités défendent comme essentielle à une gestion durable des ressources forestières.

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Lors des échanges entre acteurs du secteur forestier et propriétaires terriens, la question revient avec insistance : pourquoi soumettre à autorisation la coupe d’arbres issus d’initiatives privées ? Pour certains planteurs, cette démarche semble paradoxale, voire dissuasive dans un contexte où le pays encourage le reboisement.

Pour M. Anthé Komi, juriste environnementaliste et inspecteur des ressources forestières au ministère en charge de l’Environnement, cette obligation repose sur des fondements précis, qui dépassent la simple formalité administrative.

Le premier enjeu est celui du contrôle et de la traçabilité. « On ne peut pas contrôler ce que l’on ne maîtrise pas », souligne-t-il. L’autorisation préalable permet à l’administration de suivre les volumes de bois exploités, d’identifier les zones concernées et de s’assurer que les opérations respectent les normes en vigueur. Elle constitue ainsi un levier de gouvernance pour éviter les coupes anarchiques et maintenir l’équilibre entre exploitation et renouvellement des ressources.

La deuxième dimension touche à la sécurisation de la propriété privée. Sans cadre formel, des individus pourraient exploiter frauduleusement des plantations appartenant à autrui, puis tenter de régulariser leur acte a posteriori. L’autorisation joue alors un rôle de preuve, en établissant un lien officiel entre la parcelle, son propriétaire et l’exploitation envisagée. Elle protège ainsi les planteurs contre d’éventuels abus.

Enfin, cette procédure répond à un besoin stratégique : disposer de données fiables pour orienter les politiques publiques. Dans un pays engagé dans l’ambition de planter un milliard d’arbres d’ici 2030, la connaissance des volumes de bois coupés est indispensable. « Si une plantation est exploitée sans que nous en ayons connaissance, nous perdons toute capacité d’ajustement », explique l’inspecteur. Les autorisations permettent donc de produire des statistiques précises, utiles pour fixer des quotas, suivre l’évolution du couvert forestier et planifier les actions de reboisement.

Au-delà de ces justifications, les autorités tiennent à rassurer sur les conditions d’accès à cette autorisation. Le colonel Konzahou Essodina, inspecteur général de l’environnement, des ressources forestières et du littoral, insiste : la procédure est gratuite et ne vise pas à pénaliser les planteurs. « L’autorisation de coupe ne coûte rien », affirme-t-il.

Des améliorations sont également en cours pour fluidifier le processus. Si des délais sont parfois constatés, ils s’expliquent par des vérifications indispensables. Avant toute délivrance, les services compétents doivent s’assurer que la plantation appartient effectivement au demandeur, afin de prévenir les conflits fonciers et les exploitations frauduleuses.

Dans cette logique d’encadrement, un dispositif d’accompagnement est mis en place dès la création des plantations. Les planteurs bénéficient d’un suivi technique sur une période pouvant aller jusqu’à trois ans. À l’issue de cette phase, un titre de reboisement peut leur être délivré, facilitant ensuite l’obtention de l’autorisation de coupe.

« Lorsque le titre de reboisement est présenté dans le dossier, cela accélère considérablement la procédure », précise le colonel Konzahou. Un mécanisme qui vise à encourager les planteurs à s’inscrire dans une démarche formelle dès le départ.

Ainsi, derrière une exigence parfois perçue comme un frein, l’autorisation de coupe apparaît comme un instrument de régulation. Elle cherche à concilier initiative privée et intérêt général, dans ce pays où les enjeux environnementaux, économiques et sociaux sont étroitement liés.

Hashtag : #45JrsCapSurJuin2026

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