PROTECTION DES FORETS ET GAZ DOMESTIQUE : UNE ALTERNATIVE CLIMATIQUE A L’EPREUVE DU POUVOIR D’ACHAT DES TOGOLAIS

La lutte contre les changements climatiques et la préservation des forêts imposent aux États africains d’accélérer la transition vers des sources d’énergie domestique plus propres. Dans ce contexte, le gaz de pétrole liquéfié (GPL), communément appelé gaz domestique, apparaît comme une solution crédible pour réduire la dépendance des ménages au bois de chauffe et au charbon de bois, principales causes de la déforestation et de la dégradation des écosystèmes forestiers.

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Toutefois, au Togo, cette alternative se heurte à une réalité économique préoccupante : le coût élevé du gaz domestique, nettement supérieur à celui pratiqué dans plusieurs pays de la sous-région.

Un gaz officiellement promu, mais difficile à acheter

Depuis plusieurs années, les autorités togolaises encouragent l’utilisation du gaz domestique afin de réduire la pression sur les ressources forestières. En pratique, cependant, le coût du gaz domestique demeure élevé pour une large frange de la population. Le prix du remplissage des bouteilles, notamment celles de 6 kg et 12 kg, est nettement supérieur à celui observé dans plusieurs pays voisins, y compris des pays sahéliens enclavés. Alors que le remplissage d’une bouteille de 6 kg coûte environ 2 000 FCFA au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, il oscille entre 4 900 et 5 500 FCFA au Togo. De même, le remplissage d’une bouteille de 12 kg, facturé entre 5 200 et 5 500 FCFA dans ces pays voisins, atteint environ 10 500 FCFA sur le marché togolais. Ces écarts de prix, parfois du simple au double, interrogent sur les déterminants réels du coût du gaz au Togo.

Cette cherté du gaz réduit considérablement son attractivité face au bois et au charbon, qui restent financièrement plus accessibles à court terme pour les ménages à faibles revenus. Mais est-il que la coupe de bois au Togo est très régulée.

Pourquoi éviter de couper le bois pour fabriquer le charbon ?

Éviter de couper le bois, en particulier de manière intensive et non contrôlée, répond à des enjeux environnementaux, économiques, sociaux et sanitaires majeurs. Cette question dépasse la simple protection des arbres pour toucher à l’équilibre global des écosystèmes et au bien-être des populations. En effet, les forêts abritent une biodiversité essentielle à l’équilibre des écosystèmes. La coupe excessive du bois entraîne la disparition d’habitats naturels, menace les espèces animales et végétales et affaiblit les services écologiques rendus par la forêt, notamment la régulation du climat, la protection des sols et la conservation des ressources en eau.

Une forte dépendance des ménages au charbon de bois

Malgré les politiques publiques visant à promouvoir des sources d’énergie plus propres, le charbon de bois reste l’un des principaux combustibles utilisés pour la cuisson des aliments, en particulier dans les zones urbaines et périurbaines. Son usage s’explique par son coût relativement accessible, sa disponibilité sur les marchés locaux et l’insuffisante accessibilité du gaz domestique pour une large partie de la population. Cette forte demande alimente une production continue, souvent informelle, répartie sur l’ensemble du territoire national.

Selon la FAO, dans un document intitulé  » Impact de la carbonisation à Djalouma, un village forestier du plateau Akposso au Togo » le charbon de bois et le bois de chauffage représentent une source d’énergie dominante dans les ménages togolais : ils couvrent environ 80 à 98 % des besoins énergétiques pour la cuisson des repas. Et il est bien clair que les projections montrent que la demande en bois-énergie au Togo pourrait atteindre presque 9,8 millions de m³ d’ici 2030, en raison de la croissance démographique et de la persistance des sources d’énergie ligneuses traditionnelles.

Combien de togolais utilise le gaz ?

D’après les indicateurs de la Banque mondiale et des organisations spécialisées dans les énergies propres, seulement environ 13,2 % de la population togolaise avait accès à des combustibles de cuisson propres en 2023, une proportion qui inclut le gaz domestique et aussi d’autres solutions modernes. Ce taux témoigne d’une utilisation encore limitée des énergies comme le gaz domestique pour la cuisson.

Il faut le dire que l’accès aux combustibles propres est très marqué par la localisation : environ 26,4 % des ménages urbains disposent d’un accès à des solutions de cuisson modernes, contre seulement 1,1 % des ménages ruraux. Cela reflète une adoption du gaz domestique beaucoup plus élevée dans les zones urbaines qu’en milieu rural, où les foyers dépendent presque exclusivement du bois et du charbon.

Comparé au Burkina Faso, au Niger ou encore à la Côte d’Ivoire, le Togo affiche des prix du gaz domestique particulièrement élevés, au point de remettre en cause son accessibilité pour la majorité des ménages.

Ceci dit, avec les prix sur le terrain et dans les pays voisins, l’on doit se poser plusieurs questions. Cette situation est d’autant plus paradoxale que certains de ces pays comparatifs, notamment le Burkina Faso et le Niger, sont des pays sahéliens enclavés, confrontés à des contraintes logistiques importantes.

En théorie, le Togo, pays côtier disposant d’un port en eau profonde, devrait bénéficier de coûts d’importation et de distribution plus compétitifs. Pourtant, la réalité du marché montre l’inverse, ce qui soulève des interrogations légitimes sur la structure des prix, les mécanismes de subvention, ainsi que la régulation du secteur.

Pour réussir cette lutte contre la déforestation au profit de la production de charbon de bois pour la cuisson domestique, il est important que le prix du gaz soit revus à la baisse afin d’être à la portée économique des togolais.

À défaut, le gaz domestique risque de demeurer une solution théorique, inaccessible à une grande partie de la population, tandis que l’économie des ménages continuera de primer sur les impératifs climatiques, au détriment des forêts et de la durabilité environnementale du pays.

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