« NOS MAGASINS DEBORDENT, MAIS PERSONNE N’ACHETE » : A MISSION TOVE, LES PRODUCTEURS DE RIZ ETOUFFES PAR LES IMPORTATIONS
Par Hervé le Vert
À Mission Tové, l’inquiétude prend place dans les cœurs des producteurs de riz. Dans les magasins de stockage, les sacs s’empilent depuis des mois. Les récoltes de 2024 et de 2025 sont toujours là, presque intactes, faute d’acheteurs. Pendant ce temps, de nouveaux stocks continuent d’arriver et les producteurs poursuivent encore le décorticage du riz paddy. C’est ce qu’à appris notre envoyé le 06 avril 2026 à Mission Tové.

Selon les riziculteurs de la localité, plus de 1 500 tonnes de riz local sont aujourd’hui entreposées dans les magasins de Mission Tové. Un volume considérable qui pourrait nourrir de nombreuses familles, mais qui peine à trouver preneur sur le marché.
Pour ces producteurs, la principale difficulté vient de la concurrence du riz importé. Moins cher, largement disponible et souvent privilégié par les consommateurs, il occupe de plus en plus de place dans les marchés togolais.

Les producteurs locaux dénoncent une situation qu’ils jugent injuste : alors qu’ils investissent dans les semences, les engrais, la main-d’œuvre, l’irrigation, le transport et le décorticage, ils se retrouvent avec un produit plus coûteux à vendre.
« Pour acheter notre riz, il faut aujourd’hui avoir un pouvoir d’achat solide », regrettent certains producteurs visités par une équipe de notre journal. Dans un contexte économique difficile, beaucoup de ménages choisissent naturellement le produit le moins cher, et c’est souvent les produits importés.
Les riziculteurs rappellent pourtant que leur production est abondante et de qualité. À peine les stocks actuels entreposés, de nouvelles récoltes sont déjà en préparation sur les périmètres rizicoles. Ces futures productions viendront s’ajouter à des magasins déjà saturés.
La colère des producteurs s’est accentuée après l’annonce récente de l’arrivée d’environ 2 500 tonnes de riz importé au Togo, alors même que les producteurs de Mission Tové disposent déjà d’environ 1 500 tonnes de riz invendu. Et la situation ne concerne pas seulement cette localité. Les riziculteurs de Kovié, de Yohonou, d’Agoméglozou ou encore de Yoto Kopé feraient face aux mêmes difficultés.
Pour beaucoup, cette situation contraste avec les discours régulièrement entendus à l’approche du mois d’octobre, période au cours de laquelle les appels au « consommer local » se multiplient. Sur le terrain, les producteurs ont le sentiment d’être oubliés.
Ils interpellent aujourd’hui le Ministère de l’Agriculture, de l’Hydraulique Villageoise et du Développement Rural, mais aussi le Ministère du Commerce, de l’Artisanat et de la Consommation Locale afin que des mesures concrètes soient prises pour protéger la production nationale, faciliter l’écoulement du riz local et limiter les importations lorsque les stocks togolais sont suffisants.

Derrière les sacs de riz qui s’accumulent dans les magasins, il y a surtout des hommes et des femmes épuisés. Beaucoup ont contracté des prêts auprès des banques pour financer leurs campagnes agricoles. Aujourd’hui, même si certains établissements acceptent d’accorder quelques délais, la peur demeure. La peur de ne pas vendre, de ne pas pouvoir rembourser, et de voir plusieurs années de travail disparaître dans le silence des entrepôts.
Nous y reviendrons !
