COP : NECESSITE URGENTE OU GRAND RITUEL PLANETAIRE ?
Une réflexion de Hervé Komi ADJAHO, journaliste spécialiste des questions environnementales, de la restauration des paysages forestiers, de la faune marine et du Consommer Local.
La COP30 sur le climat s’est à peine achevée samedi qu’une autre conférence internationale, celle de la CITES sur le commerce des espèces protégées, démarre déjà ce lundi. Deux sommets mondiaux en moins de trois jours. Deux rassemblements d’experts, de diplomates et d’activistes. Alors une question se pose naturellement : à quoi servent réellement toutes ces COP ? Et surtout : faut-il encore continuer à en organiser autant ?

Quand nous avons mené notre réflexion sur l’existence des COP, nous sommes parvenus à ce qui suit : À la suite du Sommet de la Terre de 1992, trois grandes conventions environnementales ont été créées, chacune avec sa propre COP. Il s’agit de la :
COP sur le climat : rattachée à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC),
COP sur la biodiversité : rattachée à la Convention sur la diversité biologique (CDB),
COP sur la désertification / lutte contre la désertification : rattachée à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULD / UNCCD). Mais aujourd’hui, on peut en dénombrer plus.
La réflexion donc mérite d’être posée, sans excès ni naïveté. Car si la planète étouffe, ce n’est pas faute d’avoir organisé des conférences. Depuis trente ans, nous (j’aimerais dire plus qu’ils enchainent les COP) enchaînons les COP climat, biodiversité, désertification, CITES etc, la diplomatie environnementale n’a jamais été aussi active. Pourtant, la dégradation continue.
Je voudrais dire que ça devient ennuyeux et ça rend nerveux surtout les pays du sud.
On le sait bien, et je reconnais que d’après mes recherches, les COP sont indispensables. Car, elles représentent l’unique espace où 198 pays se retrouvent pour débattre du climat, des espèces menacées ou des forêts. Sans elles, il n’y aurait pas eu peut être l’Accord de Paris et la limite fixée à 1,5°C ; les engagements sur les financements climatiques ; les mécanismes sur les pertes et dommages ; la régulation mondiale du commerce des espèces menacées et que sais-je encore.
Alors, malgré leurs limites, les COP restent le seul lieu où le monde tente encore de se coordonner face aux crises écologiques. Mais cette utilité ne masque plus les faiblesses structurelles de ces grands rendez-vous.
Pour moi : Trop de COP, mais trop peu de résultats
La multiplication des conférences parfois quatre par an, crée un effet de saturation. Dès qu’une se termine, on n’a pas encore assimilé les décisions qu’une nouvelle commence.
Les gens me diront que ce ne sont pas les mêmes personnes qui prennent les décisions et qui doivent les appliquer. Mais on sait aussi, que toutes les décisions iront sur la table d’une seule personne, une seule organisation.
Le monde discute, rédige des déclarations, produit des rapports… mais sur le terrain, les émissions augmentent, les forêts disparaissent et les espèces s’éteignent. Ailleurs, les disparitions commencent par toucher la race humaine.
Dans une discussion avec un ami, ce dernier m’a fait savoir que le problème n’est pas le nombre de COP, mais le décalage entre les promesses et la réalité.
Alors à mes deux premières questions de savoir : à quoi servent réellement toutes ces COP ? Et surtout : faut-il encore continuer à en organiser autant ? Je reviens avec une autre liste de questions : Combien d’engagements sont restés lettre morte ? Combien de financements annoncés qui ne sont jamais versés ? Combien de décisions sont repoussées au sommet suivant ? J’ouvre la parenthèse sur la COP ou le sommet sur les sachets plastique, je referme sans commentaire.
Alors, il faut dire que les COP donnent parfois l’impression d’être des rituels diplomatiques où chaque pays défend ses intérêts, plus que la santé de la planète. Les images officielles, les discours bien rodés et les formules consensuelles masquent mal un constat : Nous négocions plus vite que nous n’agissons.
Et si les COP sont transformées ?
Dans une émission radio on m’a demandé les résultats ou avantages des COP pour les pays africains, j’ai juste dit : rien de bon. Mais aujourd’hui je reviens vous dire que si les COP se multiplient, c’est aussi parce que la crise environnementale est devenue permanente : montée du niveau de la mer, feux de forêt, espèces marines décimées, insécurité alimentaire, pollution plastique… Les pays vulnérables vivent déjà ce que les rapports scientifiques annonçaient pour demain ou des années à venir. Voici donc ce que je pense en trois points:
- Laisser la diplomatie et les promesses pour montrer les preuves ou résultats
- Donner plus de poids aux pays vulnérables surtout les financements (pas de promesses)
- Impliquer davantage les citoyens, les victimes, les concernés.
Je ne voudrais pas faire un long texte, alors je me résume en disant que le climat, la biodiversité, les océans et nos forêts n’attendent plus. Ils déclinent pendant que nous débattons. C’est pourquoi je conclu par cette phrase vu sur internet : La planète n’a pas besoin de nouveaux sommets, mais de décisions courageuses et d’actions mesurables.
Merci !
