AMBITION DECENNALE : POURQUOI LE TECK DOMINE LES REBOISEMENTS AU DETRIMENT DU BAOBAB ET DU KARITE CHEZ LES PRIVES ?
45 jours d’articles pour annoncer juin 2026 / EPISODE 34
Depuis plusieurs années, les campagnes de reboisement se multiplient au Togo avec l’ambition affichée de restaurer le couvert forestier national. Mais derrière les millions de plants mis en terre, une question revient de plus en plus : pourquoi les privés privilégient-ils massivement le teck, alors que des espèces locales comme le baobab, le karité ou encore le néré restent marginalisées ?

Le débat prend de l’ampleur à mesure que le pays accélère son objectif de plantation d’un milliard d’arbres à l’horizon 2030. Dans plusieurs régions, notamment dans les Plateaux, quelque part dans la Centrale et la Kara sans oubliés quelques villes de la région maritime, les plantations de teck occupent désormais de vastes superficies. Une orientation qui répond principalement à des intérêts économiques.
Le teck, un arbre rentable mais controversé
Le teck est apprécié pour sa croissance relativement rapide et surtout pour la valeur commerciale de son bois utilisé dans la menuiserie et l’exportation. Pour de nombreux producteurs privés, cette essence représente un investissement rentable à long terme.
Le document de la Politique forestière du Togo 2019-2030 souligne d’ailleurs la nécessité de développer les plantations forestières afin de répondre à la demande croissante en bois-énergie et en bois d’œuvre. Aujourd’hui, cette stratégie présente des limites écologiques importantes. Contrairement aux espèces locales, le teck consomme beaucoup d’eau et appauvrit parfois les sols lorsqu’il est planté de manière intensive. Ses feuilles épaisses ralentissent également le développement de certaines cultures et réduisent la biodiversité autour des plantations.
« On plante des arbres pour produire du bois, mais pas toujours pour restaurer les écosystèmes », regrette un technicien forestier lors d’un atelier des acteurs de l’environnement dans les Plateaux.
Le baobab et le karité, des géants oubliés
Face à cette domination du teck, il faut rapidement une revalorisation des espèces natives ou locales.
Le baobab, souvent considéré comme “l’arbre de vie”, joue un rôle écologique et social majeur. Résistant à la sécheresse, il contribue à la conservation des sols et au stockage de l’eau. Ses feuilles, fruits et écorces sont largement utilisés dans l’alimentation et la médecine traditionnelle.
Le karité, très présent dans les régions septentrionales, représente également une richesse économique importante, surtout pour les femmes rurales qui transforment ses noix en beurre utilisé dans l’alimentation, la cosmétique et l’exportation.
Selon le rapport Évaluation des ressources forestières mondiales (FRA) de la FAO, les espèces locales africaines jouent un rôle essentiel dans la résilience climatique et la préservation de la biodiversité. Pourtant, elles restent peu présentes dans les grandes campagnes de plantation.
Le néré, le tamarinier, le fromager ou encore l’acacia sont eux aussi reconnus pour leurs capacités à fertiliser les sols, protéger les terres agricoles et favoriser la sécurité alimentaire.
En face de cette ambition de reboisement d’un milliard d’arbres à l’horizon 2030, l’on doit trouver un équilibre entre rentabilité économique et restauration écologique. Il faut donc un reboisement plus intelligent, capable non seulement de faire grimper les statistiques de couverture forestière, mais aussi de restaurer durablement les écosystèmes togolais.
Car planter un arbre ne consiste pas seulement à remplir un objectif chiffré. Il s’agit aussi de choisir quelles forêts le Togo veut transmettre aux générations futures.
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