REBOISEMENT AU TOGO : « LE VERITABLE DEFI N’EST PAS DE PLANTER, MAIS DE FAIRE SURVIVRE LES ARBRES » SELON L’INSPECTEUR ANTHE KOMI

Par la Rédaction / #45JrsCapSurJuin2026

Le Togo perd chaque année une partie de son patrimoine forestier. Derrière les chiffres, ce sont des collines qui se dénudent, des berges qui s’effritent, des champs qui s’appauvrissent et des villages de plus en plus exposés à la sécheresse et aux inondations. Selon les estimations, le pays enregistre un taux moyen de déforestation de 0,42 % par an, soit environ 5 679 hectares de forêts qui disparaissent chaque année.

Partager cet article sur
PUB Haut Droite

Pour M. ANTHE Komi, juriste environnementaliste et inspecteur des ressources forestières au Ministère de l’Environnement, des Ressources Forestières, de la Protection Côtière et du Changement Climatique (MERFPCCC), cette situation impose désormais une réponse nationale forte et durable.

« Nous ne sommes plus au stade du constat. Le Togo est arrivé à un moment où il faut agir avec méthode, avec rigueur et avec patriotisme », affirme-t-il.

Face à cette urgence, le gouvernement togolais s’est fixé un objectif ambitieux : planter un milliard d’arbres d’ici à 2030. Cette ambition s’inscrit dans l’initiative africaine AFR100, à travers laquelle le Togo s’est engagé à restaurer 1,4 million d’hectares de paysages dégradés et à porter le taux de couverture forestière nationale à 26 %.

Mais sur le terrain, entre l’ambition et la réalité, les obstacles restent nombreux.

Un défi financier colossal

Pour atteindre l’objectif d’un milliard d’arbres, le pays doit produire chaque année près de 100 millions de plants. Un effort qui représente, selon les estimations, près de 40 milliards de francs CFA par an.

Pour M. ANTHE Komi, le premier verrou est financier. « Les communes parlent souvent de reboisement dans leurs plans de développement, mais très peu disposent de moyens réels pour financer les activités. Tant que les budgets locaux resteront faibles, les résultats resteront limités », explique-t-il.

Dans plusieurs localités, les campagnes de plantation reposent encore largement sur quelques projets ponctuels, le soutien de partenaires extérieurs ou la bonne volonté des populations. Or, selon l’inspecteur des ressources forestières, l’effort ne peut plus reposer uniquement sur l’État.

Il plaide pour une alliance plus large entre les pouvoirs publics, les entreprises, les ONG et les partenaires internationaux.

« Le reboisement doit devenir une cause nationale. Les banques, les entreprises, les collectivités et les bailleurs doivent investir ensemble. Sans cela, nous ne pourrons pas soutenir cet effort sur la durée », insiste-t-il.

La fragilité de la filière des pépinières

Avant même de planter un arbre, encore faut-il produire des plants en quantité et en qualité suffisantes. C’est là qu’apparaît un autre défi majeur : la faiblesse de la filière des pépinières.

Dans de nombreuses régions, les pépiniéristes travaillent de manière informelle. Certains produisent des milliers de jeunes plants, mais peinent ensuite à les vendre. D’autres attendent longtemps avant d’être payés, ce qui les décourage.

« Beaucoup de pépiniéristes abandonnent parce qu’ils investissent leur argent sans être sûrs d’écouler leur production. Il faut professionnaliser cette activité et garantir des débouchés », estime M. ANTHE Komi.

Le spécialiste pointe également les limites du Centre national des semences forestières de Davié, qui reste au cœur de la recherche sur les essences forestières au Togo. Malgré la création récente de structures régionales, les besoins augmentent plus vite que les capacités disponibles.

Le pays manque encore de semences améliorées, d’essences adaptées aux différents climats et de recherches sur les espèces les plus résistantes à la sécheresse.

Sur le terrain, les difficultés ne s’arrêtent pas à la production des plants. Encore faut-il pouvoir encadrer les opérations de plantation et assurer le suivi.

Or, le nombre d’agents forestiers reste insuffisant dans plusieurs préfectures. Dans certaines zones rurales, un seul agent doit parfois suivre plusieurs dizaines de villages.

« Nous avons des agents compétents, mais ils ne sont pas assez nombreux. Il est difficile d’assurer un encadrement permanent lorsque les moyens humains manquent », reconnaît M. ANTHE Komi.

Sur le terrain, le manque d’agents forestiers et l’absence de suivi fragilisent aussi les opérations. Dans plusieurs localités, les arbres plantés ne survivent pas longtemps à cause des feux de brousse, de la divagation des animaux ou du manque d’entretien.

 « Le vrai défi n’est pas de planter un arbre. Le vrai défi, c’est de faire en sorte qu’il soit encore vivant un an après », résume l’inspecteur.

Dans plusieurs régions, les espaces disponibles pour planter se réduisent progressivement. Les berges des cours d’eau, les bas-fonds et même certaines collines sont occupés de manière anarchique.

L’accaparement des terres et les conflits fonciers compliquent souvent les projets de restauration.

« On ne peut pas parler de reboisement durable si les terres ne sont pas sécurisées. Il faut faire respecter le Code foncier et protéger les zones sensibles », insiste M. ANTHE Komi.

Pour le juriste environnementaliste, les berges des rivières, les flancs de montagnes et les zones humides doivent être considérés comme des espaces à préserver en priorité.

Transformer les défis en opportunités

Malgré ces difficultés, M. ANTHE Komi reste convaincu que le Togo peut réussir son pari. Pour lui, le pays dispose déjà de nombreux atouts : une volonté politique affirmée, une population de plus en plus sensibilisée, des ONG actives et des partenaires prêts à accompagner les efforts. Mais il estime que le succès dépendra d’une stratégie plus globale, fondée sur trois piliers : la rigueur technique, la sécurité juridique et la solidarité financière.

« Chaque arbre planté représente une promesse pour les générations futures. Si nous arrivons à unir les moyens de l’État, des collectivités, des entreprises et des citoyens, alors le défi du reboisement peut devenir une grande réussite nationale », conclut-il.

Hashtag : #45JrsCapSurJuin2026

Partager cet article sur
Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire la suite