« LES VIOLENCES SEXUELLES COMMENCENT SOUVENT A LA MAISON » : L’ALERTE DE CHARLOTTE KOUNETSRON
Par Philomène A.
Derrière les murs des maisons, là où les enfants et les femmes devraient se sentir en sécurité, se cachent parfois des réalités douloureuses. Lors d’un panel consacré à la protection des femmes et des filles, Mme Charlotte KOUNETSRON, spécialiste survie et petite enfance à Compassion International Togo et experte en santé sexuelle et reproductive des jeunes et des adolescents, a lancé un cri d’alarme sur les violences sexuelles commises au sein des familles.

Pour l’experte, la majorité des violences ne provient pas de personnes inconnues. Bien au contraire, elles sont souvent commises par des proches.
« Les chiffres montrent que dans plus de 70 % des cas, les auteurs sont connus de la victime. Très souvent, les violences se produisent à la maison », a-t-elle expliqué.
Selon elle, les premières victimes sont les petites filles, les adolescentes, mais aussi parfois des femmes plus âgées. Les auteurs peuvent être des membres de l’entourage immédiat : un parent, un frère, un oncle ou une autre personne en qui la victime avait confiance.
Mme Charlotte KOUNETSRON a partagé l’exemple d’une très jeune enfant dont la souffrance avait été repérée grâce à l’attention d’une voisine et d’une proche. L’enfant refusait de rentrer chez elle et exprimait un profond mal-être. Alertés, des acteurs de la protection de l’enfance ont pu intervenir et accompagner la famille afin de mettre la victime en sécurité.
Pour la spécialiste, cette histoire illustre une réalité encore trop souvent passée sous silence : les violences sexuelles peuvent exister dans des familles ordinaires, parfois pendant longtemps, sans que personne n’ose en parler.
« Les enfants donnent souvent des signes. Ils changent de comportement, deviennent silencieux, ont peur ou refusent de rester dans certains endroits. Il faut apprendre à les écouter », a-t-elle insisté.
L’experte rappelle également que les garçons ne sont pas épargnés. Eux aussi peuvent être victimes de violences, mais leur souffrance reste encore plus difficile à exprimer à cause des préjugés et du silence qui entourent ces situations.
Elle souligne par ailleurs que les enfants placés dans des familles ou les jeunes domestiques sont particulièrement vulnérables. L’éloignement de leurs parents et leur dépendance à l’égard de leur entourage peuvent les empêcher de dénoncer ce qu’ils subissent.
Face à cette situation, Charlotte KOUNETSRON appelle les parents, les enseignants, les voisins et l’ensemble de la société à redoubler de vigilance.
« La protection commence à la maison. Les parents doivent être attentifs aux changements de comportement de leurs enfants et créer un climat de confiance pour qu’ils puissent parler sans peur », a-t-elle déclaré.
Elle estime également qu’il est indispensable de renforcer l’éducation des enfants sur leurs droits, le respect de leur corps et la possibilité de demander de l’aide.
Plusieurs structures de protection de l’enfance et de prise en charge des victimes existent au Togo. Des numéros verts, comme le 1011 ou le 9210, permettent de signaler les situations de violence et d’obtenir une assistance.
Pour Charlotte KOUNETSRON, le silence reste aujourd’hui le principal allié des auteurs de violences. Briser ce silence, écouter les victimes et agir rapidement constituent les premières étapes pour mieux protéger les femmes, les filles et tous les enfants.
