PECHE ARTISANALE A ANEHO : UNE ACTIVITE VITALE ENTRE ECONOMIE LOCALE ET ENJEUX DE DURABILITE
Par Hervé Levert
Entre la nuit du lundi 16 février à 22 heures et l’après-midi du mardi 17 février à 15 heures, la pirogue de M. Akoué a accosté au débarcadère situé derrière l’Hôtel Oasis, à proximité de Miadjoé. Une arrivée qui réjouit les femmes vendeuses et fumeuses de poissons. Un reflet du quotidien des pêcheurs d’Aného.

Après plus de 18 heures sur la mer, l’équipage de 5 pêcheurs vient d’accoster. Fatigue, yeux rouges et somnolant, les habits séchés sur les cordes et les abords de la pirogue, il sonnait 15 heures 48 minutes quand les cordes sont tirées pour accrocher la pirogue.
Dans la foule des attentes, des cris comme « Agbangbô loooo », « Miawoé zonlooo » des expressions en langue locale qui veut dire « le colis est arrivé, soyez les bienvenus ».
La cargaison témoigne de la diversité halieutique de la mer. Quatre paniers de poissons ont été déchargés, composés de différentes espèces connues sous leurs appellations en langue mina : zozogli, agbakou et kpokou. Après le débarquement, une phase de tri et de sélection s’est déroulée sur place, conformément aux usages, afin de classer les prises selon leur taille et leur qualité.
La commercialisation s’effectue ensuite en fonction de la grandeur des sujets, un critère déterminant pour la fixation des prix. « Les tarifs varient selon le type de poisson et sa taille », explique dame Ayaba, venue s’approvisionner au débarcadère. À titre d’exemple, un lot de quarante poissons zozogli peut se négocier entre 8 000 et 12 000 francs CFA. « La forme et l’état du poisson influencent beaucoup le prix final », précise-t-elle.
Cette activité mobilise de nombreux jeunes, d’Aného et d’autres localités côtières à savoir les ghanéens, Béninois, Nigéria dont plusieurs s’expriment principalement en anglais, signe d’une main-d’œuvre mobile et cosmopolite. La pêche artisanale constitue pour eux une source essentielle de revenus, mais aussi un pilier de l’économie locale. La mairie des Lacs 1 supervise les mouvements de ce secteur avec la reconnaissance de toutes pirogues qui accostent dans la localité.
Ces acteurs de la pêche d’Aného sont organisés en coopérative et font partie de la Fédération Nationale des Unions des Coopératives de Pêche du Togo (FENUCOOPETO).
Cependant, au-delà de l’enjeu économique, la question de la durabilité des ressources halieutiques demeure centrale. La pression croissante sur les stocks marins pose un défi majeur pour la survie des communautés riveraines et pour l’équilibre des écosystèmes marins.
À Aného, comme ailleurs sur le littoral togolais, la pêche artisanale mérite une attention particulière des acteurs publics et privés afin de concilier exploitation, préservation des ressources et avenir des générations futures.
