TOGO : UNE BIODIVERSITÉ AU DÉPEND DU REBOISEMENT
Par la Rédaction / #45JrsCapSurJuin2026
Au Togo, la bataille pour l’environnement se joue désormais sur tous les fronts. Entre pression démographique, besoins énergétiques croissants et dégradation des écosystèmes, le pays s’est engagé dans une course contre la montre : restaurer ses forêts pour préserver sa biodiversité. Un défi ambitieux que le Lieutenant – Colonel AFODA Chamsoudine, Point focal national AFR 100, analyse sans détour dans un entretien accordé au Journal EPLUS MEDIAS.

« Nous ne parlons plus seulement de planter des arbres, mais de sauver un équilibre écologique menacé », confie-t-il d’entrée de jeu, avec gravité.
Le constat est préoccupant. Selon le premier inventaire forestier national, le taux de couverture forestière du Togo est estimé à 24,24 %. Un chiffre qui, en apparence, pourrait rassurer, mais qui masque une réalité plus inquiétante : la dégradation progressive des forêts naturelles.
« Ce que nous perdons aujourd’hui, ce ne sont pas seulement des arbres, mais des écosystèmes entiers », explique le Colonel AFODA Chamsoudine. « Les forêts denses disparaissent au profit de formations végétales beaucoup moins riches. Et cela impacte directement la biodiversité », a-t-il complété.
Chaque année, des milliers d’hectares de forêts disparaissent, sous l’effet combiné de l’agriculture extensive et de la forte dépendance au bois-énergie, qui représente encore plus de 75 % de la consommation des ménages.
Selon le Point focal national AFR 100 au Togo, dans certaines zones stratégiques, la situation est particulièrement critique. Les forêts semi-décidues de la région des Plateaux, véritables réservoirs de biodiversité, reculent dangereusement. Le parc national de Fazao-Malfakassa, plus grande aire protégée du pays, continue de jouer son rôle de refuge pour la faune, malgré des pressions constantes. Au sud, le complexe de Togodo et ses zones humides restent essentiels pour la régulation des eaux, tandis que les mangroves du littoral subissent les effets de l’urbanisation et de la pollution.
Face à cette situation, le Togo a choisi d’agir. Le gouvernement s’est fixé un objectif clair : atteindre 25 % de couverture forestière dès 2025 et 26 % à l’horizon 2030. Pour y parvenir, un programme ambitieux a été lancé : planter un milliard d’arbres en dix ans.
Mais pour le Lieutenant-Colonel AFODA Chamsoudine, l’enjeu dépasse largement les chiffres.
« Planter un milliard d’arbres, c’est bien. Mais planter les bons arbres, aux bons endroits, et surtout les faire survivre, c’est là que réside le véritable défi », insiste-t-il.
Plus de 1,4 million d’hectares ont déjà été identifiés comme prioritaires pour la restauration. Une attention particulière est accordée aux zones à forte valeur écologique, où chaque intervention doit être soigneusement pensée pour ne pas déséquilibrer davantage les milieux naturels.
Repenser le reboisement pour protéger la biodiversité
Pour être efficace, le reboisement doit changer de paradigme.
« Il faut sortir de la logique purement quantitative », martèle le Lieutenant – Colonel AFODA. « La biodiversité ne se reconstruit pas avec des monocultures. Elle se restaure avec des espèces locales et des écosystèmes fonctionnels. »
Cela implique de privilégier l’agroforesterie, la régénération naturelle assistée et une meilleure intégration des communautés locales dans la gestion des ressources. Car, sur le terrain, ce sont elles qui vivent au quotidien les effets de la dégradation environnementale.
La transition énergétique apparaît également comme une condition incontournable. « Tant que le bois restera la principale source d’énergie, nos forêts continueront de disparaître », prévient-il, plaidant pour une généralisation des foyers améliorés, du gaz domestique et des solutions solaires.
Au-delà des politiques publiques, c’est un véritable changement de mentalité que le Lieutenant – Colonel AFODA Chamsoudine, souhaite.
« La protection de l’environnement ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme une responsabilité collective. Chaque arbre planté et protégé est une garantie pour notre avenir » a-t-il révélé avant d’alerté que « Si nous perdons nos forêts, nous perdons bien plus que du bois. Nous perdons notre capacité à produire, à respirer, à vivre dans un environnement stable ».
A la rédaction du journal Eplus Médias, le message est clair : le reboisement n’est plus une option, c’est donc une urgence. Mais pour qu’il soit réellement bénéfique à la biodiversité, il doit être mené avec rigueur, intelligence et engagement collectif. Car toute la biodiversité dont nous pouvons s’en réjouir semble disparaitre en laissant place à de simple cascade.
Parlant des aires protégées, une question reste à poser : Où en est-on avec la deuxième édition de la Semaine Nationale des Aires Protégées du Togo ?
